Inquisition

Format 40 X 60 cm
Inquisition

Nous vivons dans un monde sans rideau.
Plus rien ne se cache : ni le corps, ni la pensée, ni même le silence.
Chaque geste est scruté, archivé, disséqué, jusque dans sa pulsation la plus intime.
Le secret, jadis abri du mystère, n’est plus qu’une nostalgie.
Nous avons ouvert toutes les coquilles, fendu tous les œufs, crevé tous les regards.

Mais que cherchons-nous à voir ?
Et surtout, qui nous regarde lorsque nous croyons observer ?

Depuis l’origine, quelque chose nous surveille.
Avant même que l’œil ne s’invente, avant que la lumière ne s’impose,
il y avait déjà un témoin.
Un regard antérieur à toute conscience,
une vigilance cosmique, peut-être indifférente, peut-être amoureuse.

L’homme a voulu percer ce regard,
le transformer en savoir, en image, en vérité.
Mais à force de vouloir tout voir, il s’est exposé tout entier.
Le voyeur est devenu spectacle.
Le secret de l’autre s’est retourné sur lui.

L’Inquisition n’est plus un supplice, c’est une posture.
Nous nous offrons à l’œil universel : celui des caméras, des dieux, des algorithmes, ou du simple désir de comprendre.
Et pourtant, derrière cette clarté forcée, subsiste une inquiétude ancienne : celle d’être vu non pour ce que nous sommes, mais pour ce que nous révélons malgré nous.

L’œil dans l’œuf ne contemple pas : il nous interroge.
Il nous demande à quel moment la curiosité est devenue profanation.
Et s’il reste encore, quelque part, une parcelle d’ombre
où le regard du monde n’a pas encore pénétré.

Derrière la fable visuelle, une inquiétude métaphysique persiste : sommes-nous les témoins du monde, ou les témoins d’un témoin plus vaste ?
Depuis la Genèse jusqu’à la physique quantique, une même angoisse traverse la pensée : celle d’être observé par ce que nous observons.